Démarche artistique

Démarche artistique

D’œuvre en œuvre, la démarche artistique de Besner est entièrement axée sur la transmission des énergies vivantes et physiques qui l’entourent. L’artiste s’ouvre aux vibrations de la société actuelle pour les remodeler dans des formes plastiques, entre figuration et abstraction. Il ne cherche pas à créer un idéal ou à reproduire la nature, mais bien à mettre en forme une énergie métaphysique dans son rapport à l’activité humaine. Le sujet pictural se veut l’inscription de la mémoire d’une civilisation vivante dans le véhicule durable qu’est l’œuvre. De plus, les interrogations et les réflexions qui nourrissent l’art de Besner portent sur le rapport entre la vie et la mort. Le monde fantastique qu’il amène à naître sur la toile est le synonyme de la fragilité de l’homme, symbole du caractère éphémère de la vie, qui le touche et qui l’inquiète. C’est tel un paléoanthropologue que Besner est depuis toujours à la recherche des traces de la vie, fasciné par ce qu’il en reste après la mort. Comme pour se souvenir de cette trace, il lui donne plusieurs visages en peinture.

 

Pour donner une amplitude émotive à l’œuvre, pour que celle-ci communique le monde qui l’entoure, Besner croise les lignes et les couleurs dans des dynamiques à la fois simples et complexes. La division du tableau en différents plans structure la composition et permet à l’artiste d’introduire des mélanges de couleurs et d’effets texturés. Tel un système de rapports concertés, les motifs se répondent sur la toile d’un plan à l’autre. Avec ces interactions qui contribuent à qualifier l’atmosphère dans laquelle se plongent les figures, le peintre arrive à transmettre par l’image le mouvement de la société. C’est au cœur de la ville, de sa vitesse et de ses bruits, que Besner puise ces vibrations qu’il module en peinture. Ses personnages sont nécessairement imbibés de cet esprit rapide et enivrant que lui apporte le centre urbain. Ils vivent dans les échos et dans l’ambiance de cette ville que le peintre illustre par le biais des couleurs, des lignes et des motifs. Que son sujet soit humain, animal ou architectural, il sera le résultat plastique d’un croisement dynamique entre la figure et l’espace. Intellectuellement structuré grâce au regard critique qu’il pose sur son art, pour le faire évoluer au fil du temps, l’artiste est constamment à la recherche des nouvelles couleurs et des nouvelles formes qui seront l’expression palpable d’une force urbaine. De plus, son approche de l’œuvre est celle d’un architecte pictural : ses figures sont monumentales, elles sont tridimensionnelles, elles appartiennent à des réflexions sur les proportions et vivent entre la ligne et l’équilibre.

 

Dans l’univers de Besner, les personnages sont souvent le véritable sujet. Oublions les figures sans caractère plaquées sur une toile. Chacun des sujets, si diffus puisse être le traitement des couleurs entre la forme et le fond, se démarque à l’intérieur de l’espace. La figure est une forme concrète, un moyen d’entrer en dialogue avec le spectateur et de lui parler de cette amplitude émotive du monde créé par Besner. Lorsque le personnage est le sujet, tout est dans son regard, sa bouche, la saillie de ses joues, son large front et parfois même, seulement, dans l’angle de présentation de sa tête. L’expression faciale globale est plus que le reflet d’une personnalité, elle est un reflet du monde actuel et peut appartenir à chacun de nous. Les postures, les coiffes et les expressions corporelles suivent le mouvement initié par le visage et donnent à l’oeuvre toute son ampleur éloquente. Si les figures de Besner sont éclatées, colorées et texturées, c’est qu’elles sont l’image des énergies puisées dans l’univers urbain d’un artiste pour qui le naturalisme est trop sage. L’atmosphère affective des compositions de Besner est un passeport visuel pour une conception du monde renouvelée, riche et profonde, basée sur la ligne et la couleur. L’image résultant du travail de l’artiste devient celle d’un monde en soi, dépassant largement la bidimensionalité de la toile.